Un océan de déchets
11 février 2008Source Éric Moreault Le Soleil Québec
La planète croule sous les immondices. Les dépotoirs, qui poussent comme des champignons, débordent, et des populations entières y vivent dans la plus totale insalubrité. Fatalement, des ordures échappent à tout contrôle et se retrouvent dans la nature. Ou pire, dans l’eau. Dans l’océan Pacifique, une «soupe» de débris de plastique couvre deux fois la superficie des États-Unis!
Les courants sous-marins maintiennent en place ce gigantesque dépotoir qui surnage dans le Pacifique Nord, entre la Californie et le Japon. La Fondation de recherche marine Algalita évalue à 100 millions de tonnes les débris flottant entre deux eaux, rapportait le quotidien britannique The Independant, la semaine dernière.
Charles Moore, le fondateur d’Algalita, a découvert par hasard le vortex de déchets en 1997, naviguant dans une zone très peu fréquentée. «J’étais au milieu de l’océan et, aussi loin que portait mon regard, ce n’était que bouteilles de savon et de shampoing, sacs de plastique et flotteurs», raconte-t-il dans sa biographie.
L’océanographe Curtis Ebbesmeyer, qui se préoccupe depuis 15 ans de l’accumulation de plastique dans les océans, compare le vortex à un animal sans laisse. Quand il s’approche de la terre, les effets sont dramatiques. «La nappe de déchets vomit, et vous vous retrouvez avec une plage couverte de confettis de plastique.»
Larmes de sirènes
Les débris de plastique causent la mort d’un million d’oiseaux de mer et de 100 000 mammifères marins chaque année, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement.
Car sous l’effet de l’eau, le plastique se fragmente en particules microscopiques : les larmes de sirènes.
L’an dernier, une équipe de scientifiques britanniques menée par le Dr Richard Thompson a révélé qu’on retrouve 300 000 particules de plastique par kilomètre carré en surface et 100 000 par kilomètre carré de lit marin.
Ce ne sont pas que les animaux qui sont victimes de cette pollution catastrophique. On craint que des produits chimiques ne se retrouvent dans l’eau quand le plastique se dégrade ou que ces produits toxiques s’agglutinent aux débris de plastique et se retrouvent dans la chaîne alimentaire. Et qui mange du poisson en bout de ligne?
Cette pollution invisible est l’ultime conséquence d’une consommation débridée et irresponsable. Elle n’en est pas moins une menace réelle. Et on ne parle même pas de tous les cours d’eau comme Le Gange, en Inde, qui sont des dépotoirs d’immondices à ciel ouvert. Ceux-ci finissent par aboutir dans les océans. Avec les pays émergents qui découvrent les «joies» de la consommation, la quantité de plastique dans l’eau des océans pourrait doubler d’ici 10 ans si rien n’est fait.
La population mondiale commence à être plus sensibilisée à l’impact sur l’environnement de la production de biens. Mais on se soucie très peu de toutes les immondices liées à la consommation. Jusqu’à ce qu’une crise éclate ou démontre par l’absurde l’ampleur du problème : on ne sait plus quoi faire de ces montagnes de déchets — sinon les exporter vers les plus pauvres.
À titre indicatif, les Québécois produisent 11 millions de tonnes de déchets par année. Imaginez les Américains…
Québec tient ces jours-ci une commission parlementaire sur la gestion des déchets. Ce n’est pas sexy, soit, mais sur le plan environnemental, elle est d’une importance primordiale. Les Québécois pourront y trouver des solutions concrètes pour diminuer leur impact sur la nature, voire en profiter pour valoriser les détritus en les transformant en énergie.
Mais pour ça, il faut une volonté politique et, dans la population, un changement de mentalités et d’habitudes.

