Les Québécois attachés à la forêt boréale

Tout près de 90 % des Québécois reprochent au gouvernement de ne pas protéger suffisamment le territoire. Pour les trois quarts d’entre eux, cela est d’autant plus déplorable qu’ils jugent que la forêt boréale est surexploitée.

Voilà les principales conclusions d’un sondage CROP mené au cours des derniers jours pour le compte de la coalition Aux arbres citoyens. Obtenue par La Presse, cette enquête sera rendue publique aujourd’hui par voie de communiqué.

Survenant en pleine campagne électorale, à quelques semaines d’une annonce gouvernementale qui a déçu plusieurs groupes écologistes, le dévoilement des résultats de ce sondage montrent un profond attachement des Québécois à la forêt boréale.

Lorsque CROP a précisé aux 500 répondants qu’un peu moins de 5 % du territoire est actuellement voué à la conservation, 87 % ont jugé un tel taux «insuffisant» ou «tout à fait insuffisant».

Au cours de leur mandat qui s’achève, les libéraux n’ont pas été en mesure d’honorer leur promesse de protéger 8 % du territoire. Après avoir modifié le calcul des aires protégées (pour y retirer les terres exploitées, comme l’exigeaient les écolos, le gouvernement n’a pu ajouter que 1 % de territoire pour amener le taux à 4,79 %.

Les Québécois trouvent cela trop peu, d’autant plus qu’une bonne partie de la population se dit inquiète du sort réservé à la forêt boréale : 74 % estiment qu’elle est actuellement surexploitée, un taux qui grimpe à 82 % chez les 18-34 ans. Seulement 18 % de la population pense qu’elle est gérée adéquatement.

Rappelons que le rapport Coulombe recommandait la protection de 12 % de la forêt boréale d’ici 2010. Dans leur plateforme électorale, aucun parti ne promet de protéger une portion donnée de la forêt boréale, plutôt une portion de l’ensemble du territoire québécois.

Le Parti libéral promet de faire grimper le taux de protection à 8 % d’ici 2010, tandis que le Parti québécois s’est engagé à protéger 12 % du territoire 10 ans après avoir pris le pouvoir. L’Action démocratique du Québec n’a pas pris position sur ce sujet.

Pourtant, les répondants se disent majoritairement favorables aux conclusions du rapport Coulombe sur la gestion de la forêt publique québécoise (91 %). Ils s’avouent d’ailleurs sceptiques quant à la volonté du gouvernement d’y donner suite. Seulement 35 % des répondants croient que Québec va privilégier cette voie.

Pis encore, les Québécois ne font confiance ni au gouvernement ni aux compagnies forestières pour pratiquer «une gestion harmonieuse» de la forêt. Moins du tiers des Québécois ont «tout à fait confiance» (3 %) ou « assez confiance « (28 %) au gouvernement. Pour l’industrie, ces chiffres sont respectivement de 2 % et de 15 %.

Le sondage CROP a été mené du 28 février au 4 mars derniers auprès de 500 personnes. Les résultats sont précis à 4,4 points de pourcentage près, 19 fois sur 20.

L’initiative Aux arbres citoyens ! est pilotée par la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP) Nature Québec/UQCN et le Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE). L’objectif est de diriger les projecteurs sur l’importance de la protection de la forêt boréale et du réseau d’aires protégées au Québec.

Tournant le dos au rapport Coulombe l’organisme Greenpeace a choisi de mener sa propre croisade. Il demande au gouvernement d’adopter un moratoire sur la coupe et le développement industriel sur 118 000 km2 de forêt boréale commerciale intacte et sur 180 000 km2 de forêt boréale au nord de la limite de coupe.

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